Personne n’a rien vu venir. tZaK nous promettait le bonheur clé en main. Il nous disait que ce n’était plus la peine de faire attention à « Etre » vu qu’il y avait « Avoir ». On apprenait dans les maternelles qu’un seul auxiliaire de conjugaison allait suffire dorénavant. Gloire à l’auxiliaire« avoir ».
La conscience de soi, des autres et de l’Universel devait disparaitre. tZaK prenait tout en charge. Il a rendu le bonheur visible sur des panneaux 4X3 à côté des feux rouges .Te trouvait un boulot si tu avais bien recraché ce qu’on t’avait dit à l’école, te poussait à trouver très vite une génitrice, s’occupait de l’éducation de tes rejetons, te disait ce que tu devais penser pour conserver un semblant d’humanité, ce que tu avais le droit de manger et de ne pas manger pour conserver ta force de travail, te donnait ses drogues légales, t’interdisait les autres, te disait à quoi tu devais ressembler selon la tribu à laquelle tu appartenais, prenait en charge tes dépressions, tes malaises, tes peines, te donnait sa musique et l’alcool pour décompresser , inventait le sport , noël, les loisirs et la pornographie pour canaliser tes révoltes, te donnait ta portion de peur pour te faire te lever tous les matins en te donnant la liberté de te trouver un patron qui allait exploiter ton « souffle » mais que tu trouvais trop cool car il te laissait partir 5 mn plus tôt, te donnait aussi ta ration de frustration et les outils de crédit pour juste apaiser ta soif de possession. La prostitution était devenue un art de vivre et pourtant tZaK fermait les maisons closes. tZaK n’en était pas à un paradoxe près.
Tu étais en colère et tu voulais exprimer ta différence ? tZaK créait une ligne vestimentaire, un logo, un tatouage, un piercing ou une cravate et t’autorisait à changer de tribu et arborer ainsi un autre uniforme. tZaK pensait que ce n’était pas la liberté que les citoyens cherchaient mais le sentiment de liberté. Une marque, un logo et tu étais différent de ton voisin et tout allait bien –tu croyais être unique et tZaK te donnait l’occasion de le dire sur facebook ou myspace.
Toujours dans l’idée de mieux te canaliser tZaK allait créer la course à l’épanouissement. Pour ça tZaK inventait ton propre idéal virtuel avec qui il faudra être en compétition toute ta vie. De cette rivalité naitra le refus de vieillir, l’obligation d’être beau, tendance, svelte et objet permanent de séduction. Pour ça tZaK allait inventer toute une sorte d’exercices et de défis comme par exemple : le besoin de plaire et d’exister dans le regarde des autres en permanence. Conséquence : l’adultère qui, en plus d’assurer le turn over des génitrices, offre aussi la possibilité de mesurer son coefficient de séduction et son pouvoir sexuel. Questions cruciales : Est-ce que tu sens comme mes spermatozoïdes sont meilleurs que ceux de mon voisin ? Pendant qu’on papillonne à côté et qu’on se massacre gentiment sitôt de retour dans la chaumière, pas le temps de penser à la révolution et au bien être de mon prochain. La nouvelle génitrice quant à elle, si fière de détrôner la vieille et de servir de réceptacle aux super nouveaux spermatozoïdes, qu’elle en oubliait qu’adolescente elle-même avait souffert des aventures de son père ou de sa mère qui avait conduit toute sa petite famille dans le bureau d’un avocat. Chacun(e) devenant ce qu’il (elle) détestait le plus par le passé. Diviser pour mieux frustrer, tZaK inventait le mouvement perpétuel de désintégration familial. Les victimes devenant les futurs bourreaux. Avec cette crise de l’organisation familiale, tZaK concevait le divorce, en profitait pour remplacer l’attention parentale par la WII, le tissu familial ne tenait plus qu’au bout d’une carte bleue. Pour les victimes de ces dommages collatéraux, tZaK inventa le prozac, la vengeance, l’amertume et enfin la sélection naturelle par le suicide. Et à chaque processus tZaK était là pour accompagner les familles dans leurs démarches dévastatrices. Après la commune et l’entreprise, tZaK putréfiait la dernière citadelle unificatrice et structurante : la famille.
Aujourd’hui, tZaK n’arrive plus à combler le trou de «l’être » par « l’avoir ». tZaK a mal géré ses biens et certains se sont tellement servis en « avoir » qu’il ne reste plus rien. Faut dire que dans un monde fini « avoir » ne peut pas être infini. Et comme « Etre » avait déjà été détruit – seul le néant a encore droit de visite sur cette planète. Quand il n’y a ni « Etre » ni « Avoir » comment fait on pour conjuguer avec la Vie ?